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dimanche 5 octobre 2014

A ni Sankoura

Hier, c'était Tabaski, la fête du mouton (Aïd el Kebir). Ce n'est pas un scoop, vous allez me dire, ça doit être indiqué dans tous les bons calendriers locaux ! Eh bien non, ce n'est pas si simple. En effet, c'est une fête mobile (mais ça, on connait aussi chez les Chrétiens), mais alors très mobile, puisque sa date exacte n'est fixée que quelques jours avant. Elle se déroule normalement 70 jours après la fin du Ramadan, mais c'est approximatif, car ça dépend aussi de l'observation de la lune. Du coup, ce n'est que mardi dernier que la Communauté musulmane burkinabè a tranché, fixant la fête à samedi, alors que les 70 jours tombaient sur lundi. Pas simple quand on doit programmer des spectacles et les décaler au dernier moment, parce que le jour de Tabaski tout est fermé ! Un ami malien m'a même dit aujourd'hui que dans certains coins reculés de son pays, les autorités ne se fiaient qu'à leurs propres sens et que deux villages voisins pouvaient ne pas prier le même jour...

Bref, entouka, ici c'était hier, c'est officiel ! Note, on se doutait que la date approchait, parce que les moutons ont envahi la ville depuis quelques jours. Il faut dire que tout musulman qui en a les moyens doit sacrifier un mouton pour la fête. Donc, hier matin, deux moutons trônaient devant la cour de nos voisins, mais ils n'ont pas fait long feu. C'est la vieille d'à côté qui les a égorgés, mais ça, on n'y a pas assisté ! Toute la matinée, il a flotté dans  l'air comme une odeur de viande grillée, ça vous met en appétit. Et ça tombe bien, parce que ce n'est pas parce qu'on n'est pas musulman qu'on ne participe pas à la fête ! Après le sacrifice, la viande est partagée en trois parts : une pour la famille, une pour les voisins, une pour envoyer aux amis ou à la famille. Quand on dit les voisins, c'est avant tout les voisins chrétiens, et les voisins musulmans qui n'ont pas eu les moyens de se payer un mouton.
Après, la journée se passe en visites, tout le monde (musulmans ou non) fait le tour de la ville pour aller saluer les voisins, la famille et les amis. Bien sûr, comme pour toutes les fêtes ici, il n'y a pas d'invitation, mais on remarque les absents ! C'est comme pour les mariages, on se débrouille pour que tout le monde soit au courant, en partant du principe que ceux qui savent viendront. Bien sûr pour les bons Toubabous que nous sommes, c'est un dilemme : "Tu es sûr qu'on peut y aller ? Mais on n'a pas reçu de carton ! OK, mais alors à quelle heure ?"
Comme on n'est vraiment pas encore au point, on a eu un peu tout faux : on est passés quand la majorité des voisins étaient déjà partis saluer en ville. Mais bon, vu comment on a été reçus, je pense que ça a fait plaisir... Nous avons commencé par la cour d'à côté, chez Mamadou qui nous a offert du mouton et de l'alloco. Nous avons ensuite salué la vieille qui prenait le frais dans la rue. Nous avons poursuivi dans la cour en face à gauche (chez la belle famille de Sonia), où nous avons mangé du mouton (!) et du riz, celle d'à côté où notre ami le Gondolé (le Beau de Sonia) sortait d'une sieste (il attendait qu'un client vienne récupérer une voiture qu'il venait de réparer pour pouvoir sortir saluer) et nous avons fini dans la cour d'Isaÿe où il ne restait que des Chrétiens, nous avons donc bu le thé (ça change du mouton !). Ce qu'il faut savoir, c'est qu'avant le mouton, nous avions déjeuné en famille et que le soir, nous sommes allés dans notre préféré resto de Bobo pour fêter la fin du palud d'Anatole. On a quand même des estomacs costauds !
David

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